CLEMENCEAU : LA FRANCE VICTIME DU
"POLITIQUEMENT CORRECT"
L ’assaut de la pensée unique n’aura pas participé
qu’à la démolition du Clémenceau !
Il faut s’interroger sur les dégâts causés par la puissance de feu médiatique,
relais d’une bonne conscience qui « oublie » les faits ….
L’Institut Français de la Mer , totalement indépendant et qui se veut le parti de la mer hors de tout a-priori politique comme en témoignent ses instances où toutes les opinions et sensibilités sont représentées, estime de son devoir de prendre le risque de rétablir certaines vérités ,et de poser quelques questions.
- Pourquoi les médias grand-public n'ont ils pas repris, ou au moins pris la
peine de vérifier les raisons de l'évaluation des experts anglais tels Ted
Higson (dans le Lloyd’s List) ou
américains comme GHS (dans « Le
Marin ») dénonçant l’ironie de l’affaire et déclarant " Le travail qui a été réalisé pour
nettoyer le navire avant son arrivée , la programmation des travaux sur le site
de démolition sont l'exemple de ce qui devrait toujours être fait. Les
critiques ont pris ce bateau pour cible, alors qu'il est l'exemple de ce qu'il
faut faire" ?
- Pourquoi nombre d’images des chantiers
indiens, passées dans la presse et à la télévision, datent elles du début
des années 1990 sans que cela soit précisé , et surtout sans qu'il soit
mentionné l’évolution technique et sociale de certains ?
- Pourquoi parle-t-on de victoire « des associations écologiques » en soulignant les positions extrémistes et caricaturales ( pour ne pas dire plus ) de "Greenpeace", tout en oubliant pour une fois celles d’autres, telle l’association "Robin des Bois" , pourtant peu suspecte de complaisance vis à vis des institutions , mais qui au terme d'un travail d'investigation honnête « a défendu le choix du ministère français de la Défense sur le désamiantage partiel du bâtiment en France, avant de confier son démantèlement à l'Inde » (AFP) ?
- Pourquoi
les professionnels consciencieux ne se sont ils pas interrogé sur les
motivations de Greenpeace qui ne s’est pas exprimé sur l'arrivée en décembre
, précisément à Alang et pour démolition , d'un navire
britannique "Le Sir Geraint" ,
vétéran de la guerre des Malouines ( magazine Fairplay Weekly) ?
- Pourquoi parle-ton d'atteinte à l'environnement et
de non-protection de la santé des ouvriers en Inde alors que JAMAIS jusqu'à
cette opération autant de précautions n'avaient été prises par aucun Etat, par
aucun armateur ? Enlèvement de tout l'amiante friable et atteignable sans
mettre en danger la structure du navire ; ingénieurs indiens formés
spécialement en France depuis des mois ; suivi sur place par nombre
d'experts et ingénieurs français ; plan industriel spécialement adapté
soumis à l'avance ; transferts très importants de matériels de protection
semblables à ceux utilisés en France ; suivi médical sur place pendant et
après les travaux du personnel indien concerné ; choix d'un chantier
certifié qui précisément pour cette raison n'est pas le moins cher de la
zone ; accord spécial sur place avec une société spécialisée dans la
défense de l'environnement ; application locale des critères du droit
français en vigueur pour la protection des personnels,...
- Pourquoi
, alors que ce qui était prévu ( une "première"en Asie !) était
donc un véritable transfert de technologie et de savoir-faire, n'avoir pas
souligné qu'il s'agissait précisément du type de mesures, prévues par les
organisations internationales (UE, Bâle, OMI, OIT) qui travaillent à ce dossier
du recyclage des navires en fin de vie , faisant de la France un pays pionnier
en la matière ? Sachant qu'il n'existe plus, et depuis longtemps, ni en Europe
ni en Asie, d'installations de démolition de navires suffisantes, raison pour
laquelle des dizaines de coques ex-militaires rouillent dans les ports d'Europe
ou des Etats-Unis
- Pourquoi ne pas avoir mentionné , au contraire ,
que précisément cette coopération entre d’une part pays du Sud où sont les sites de démolitions et les
personnes qui en vivent, et d’autre part pays industriels transférant leurs
compétences particulières , pouvait et devait être l'exemple de ce qu'il faut
faire ?
- Pourquoi avoir mis en exergue les manifestations de
certains - et seulement certains - verts en Inde, et ne pas avoir analysé
,autrement que de façon lapidaire, les raisons des contre-manifestants ? Ne
pouvions pas , nous pays développés et riches , être moins arrogants au regard
de l'impact que représente la perte de marchés importants et bienvenus -
lorsque contrôlés sanitairement et écologiquement comme cela allait être le cas
- pour l'industrie locale de démolition ? (20 000 travailleurs
indiens dans les sites d'Alang , plus de 1 000 000 en Asie ) .
Ne pouvions nous pas, sur ce plan aussi, éviter de provoquer des pays en voie
de développement qui nous considèrent non sans raison comme des enfants
gâtés ?
- Pourquoi enfin ne cesse-t-on de présenter la décision suspensive du Conseil d’Etat ( prise en fait « sous bénéfice d’inventaire » ) comme une décision de fond alors que la haute instance elle-même refuse de se prononcer ? Comme s’il fallait absolument que la condamnation , sur ce plan strictement juridique , soit acquise d’avance et ait déjà l’autorité de la chose jugée ? Et pourquoi dans le même esprit l’honnêteté des responsables techniques des administrations concernées serait elle a-priori suspecte alors qu’ils sont plutôt connus pour leur rigueur ?
Dans cette affaire peut-on parler de gâchis ? …
Certes , l'image de notre pays est malmenée. Certes, les déclinologues ont su
une nouvelle fois exercer avec leur talent coutumier leur liberté de
décliner le déclin de la France. Certes, les politiques ont réagi avec
difficulté et la « grande muette » ne pouvait dans une guerre des
mots ne rester que désarmée. L'IFM lui ne peut que réaffirmer avec
force sa conviction que la communauté maritime française , et au premier rang
la Marine nationale, a fait preuve dans cette opération d'un esprit de
responsabilité bien mal récompensé mais incontestable.
Et voilà comment la France entière se croit « piteuse
ou honteuse » alors qu’elle pouvait et aurait dû être fière de tous les
efforts qu’elle a déployés dans ce dossier très difficile.
Francis VALLAT
Président de l’Institut Français de la Mer (IFM)
NB. Son auteur est également Président en exercice de
l'Agence Européenne de Sécurité Maritime (AESM)