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Correspondance européenne
n°138 du 31 octobre 2005
Chine: le mythe de Mao s'effondre
(Correspondance
européenne) Jung Chang et son époux Jon Holiday ont écrit Mao, the Unknown
Story, un livre exceptionnel de 800 pages avec de splendides et rares
illustrations dans le but de mettre au jour une des plus grandes escroqueries
de l'histoire. On y découvre un Mao égoïste, sadique même, qui préconisait les
cadavres humains comme engrais et obligeait même les paysans chinois à cultiver
des lopins où étaient enterrés leurs proches.
On
reste interdit par l'ampleur des massacres. Les propriétaires terriens (cinq
millions de morts en 1949-1950) et la "Grande Famine" de 1958-1961
(38 millions de morts) - au total, Mao aurait fait tuer 70 millions de Chinois
- mais aussi celui des compagnons de route, les idéalistes qui avaient
participé à la "Longue Marche" en 1934, systématiquement éliminés
probablement comme témoins gênants. Car Mao Zedong n'a joué aucun rôle dans
cette marche n'étant à la tête que d'un petit groupe méprisé par le
commandement communiste et n'ayant survécu qu'à la suite d'un accord secret
avec les nationalistes.
Mao a
financé son armée en produisant de l'opium, ce qui lui rapportait 60 millions
de dollars par an. Alors que les récoltes étaient bonnes en 1958-1961, la
"Grande Famine" éclata car le blé était envoyé en URSS où il était
échangé contre de l'armement. Mao était très riche : en plus du pillage des
grands propriétaires, il touchait des droits d'auteur sur ses œuvres dont
l'achat était obligatoire.
Enfin
Mao était un maniaque. Lorsqu'il se déplaçait en avion ou en train, tous les
autres avions étaient cloués au sol et tous les autres trains devaient rester
en gare, ce qui provoquait des problèmes monstres dont il ne se souciait guère.
Il aimait le confort : des "volontaires" devaient porter ses
nouvelles chaussures pendant des mois afin de les assouplir. Il donnait ses
ordres de son lit et circulait avec ses maîtresses dans une ambulance offerte
par les commerçants chinois de New York et qu'il avait réquisitionnée à cette
usage. Le livre a provoqué la fureur des dirigeants communistes chinois.
L'organe de distribution officiel des publications étrangères en
Chine a fait savoir que les publications qui feraient la publicité du livre ne
seraient pas mises en vente. C'est le cas du magazine "The Review"
dont l'édition de juin est restée dans les caisses. Cette extrême sensibilité à toute critique de
Mao démontre combien le mythe du fondateur de la République Populaire est
indispensable au maintien d'un régime totalitaire dépourvu de légitimité
démocratique. (C. B. C.) (CE
138/10 du 31/10/05)