Nous remercions Mgr CENTENE des paroles éclairantes et
réconfortantes pour ceux qui agissent pour la défense de la vie.
Homélie de Mgr Raymond
CENTENE 24 septembre 2006
10 ème anniversaire du pèlerinage de Jean Paul II à Sainte
Anne d'Auray
Il y a des
jours, comme aujourd'hui, où nous prenons mieux conscience qu'à travers la
liturgie et la proclamation de la Parole de Dieu, le Seigneur s'adresse
vraiment à nous et vient nous rejoindre au cœur des préoccupations qui sont les
nôtres, pour nous encourager dans un combat qui n'est pas le nôtre, mais le
sien.
« Prenant alors un enfant, il le plaça au
milieux d'eux, l'embrassa et leur dit : « celui qui accueille un enfant comme
celui-ci, c'est moi qu'il accueille. Et celui qui m'accueille, ne m'accueille pas,
moi, mais celui qui m'a envoyé ».
L'accueil de l'enfant, l'accueil de la vie est donc au
centre de notre rencontre avec Dieu. Et comment pourrait-il en être autrement
puisque Dieu est le Dieu de la Vie, le Vivant, le Dieu de la Création, le Dieu
de la Résurrection…
La vie est le premier don de Dieu, elle est sa première
bénédiction. « Croissez et multipliez-vous ».
Lorsque Dieu bénit Abraham, il lui promet que sa
descendance sera « aussi nombreuse que les étoiles du ciel et que les grains de
sable au bord de la mer ».
Depuis lors, la lutte entre le bien et le mal revêt le
visage du combat entre la vie et la mort.
« Des fils, voilà ce que donne le Seigneur, des enfants, la
récompense qu'il accorde, comme les flèches au main d'un guerrier ainsi les fils
de la jeunesse.
Heureux l'homme vaillant qui garnit son
carquois de telles armes,
S'il affronte ses ennemis sur la place, il
ne sera pas humilié ».
En venant en pèlerinage à Sainte-Anne d'Auray, il y a dix
ans, Jean-Paul II nous a rappelé que le but fondamental de la famille est le
service de la vie.
La famille a pour vocation de collaborer avec Dieu dans
l'ordre de la création et de transmettre ainsi, de générations en générations,
avec la bénédiction divine, l'icône même de Dieu qui créa l'homme à son image.
L'amour des époux est une participation particulière au
mystère de la vie et de l'amour de Dieu lui-même.
Ainsi donc, la morale qui découle de la foi et de
l'anthropologie chrétienne n'est pas réductible à une somme d'interdits et de négations,
elle est tout entière orientée vers la réalisation de la plus positive des
finalités : la vie.
On ne planifie pas la vie.
On ne manipule pas la vie.
On ne fait pas d'expérience sur la vie.
Elle transcende toutes les législations.
Elle transcende toutes les organisations sociales.
Elle est le critère de toute éthique.
S'en prendre à la vie, c'est s'en prendre à Dieu !
Dans la crise des consciences qui marque notre temps,
beaucoup en viennent à se demander si la vie est un bien.
Certains, comme Job, en viennent à douter qu'elle soit une
bénédiction « Que périsse le jour où je suis né… que ce jour s'en aille aux
ténèbres…Pourquoi donner la lumière à un malheureux, et la vie à ceux qui iront
dans la peine ? » (Jb 3, 3 ss)
D'autres enfin, privilégiant la préoccupation exclusive de
l'avoir, sur le primat de l'être, s'enferment dans une vision individualiste,
matérialiste et hédoniste de l'existence.
Le développement des sciences et des techniques donne aux
uns et aux autres la possibilité d'aller jusqu'au bout de leurs doutes et de
mettre en œuvre leurs objectifs.
L'habitude prise de poser des actes sans tenir compte de
leur finalité naturelle crée une perte de sens, qui, en provoquant un véritable
naufrage de l'intelligence et du goût des responsabilités favorise l'émergence
d'une culture du non sens et de la mort qui s'oppose au plan de Dieu.
« Pendant que tu dormais, ton ennemi a
semé de l'ivraie dans ton champ ».
Frères et Sœurs, n'avons-nous pas trop souvent dormi face
aux nouveaux défis que nous lançait le monde ? N'avons-nous pas trop souvent
baissé les bras quand il aurait fallu agir ? Ne nous sommes-nous pas trop
souvent tus quand il aurait fallu parler ?
Une conception erronée du dialogue et de la tolérance ne
nous a-t-elle pas fait adhérer à un faux irénisme, à la recherche d'une fausse
paix ignorant la justice et la vérité ?
N'avons-nous pas trop souvent oublié qu'il existe une
vérité objective sur Dieu et sur l'homme, qui ne dépend pas des appréciations
et moins encore des caprices de ce dernier ?
Avons-nous toujours été conscients que l'éclipse du sens de
Dieu provoque inexorablement l'éclipse du sens de l'homme ?
La Vérité sans la charité est un fruit amer.
La charité sans la Vérité est un fruit pourri !
Nous le constatons dans nos sociétés humaines : la
désagrégation de la famille encouragée par des législations qui ne s'enracinent
pas dans le droit naturel entraîne une instabilité toujours plus grande pour
les personnes et pour le corps social tout entier.
Car la famille est le lieu privilégié et irremplaçable où
toute personne apprend à recevoir et à donner l'amour qui fait vivre et qui
pacifie.
C'est en elle que l'on apprend à comprendre et à vivre les
valeurs personnelles et interpersonnelles selon la logique du don et de la
gratuité et non selon la logique de la possession égoïste et de l'exploitation
de l'autre qui génère la violence.
Ne pourrions-nous pas faire le même constat dans la vie de
l'Eglise ?
Que
d'efforts qui restent désespérément sans fruits ?
Que de structures jadis florissantes
mystérieusement frappées d'infécondité !
Que la courbe des vocations suive
celle de la natalité n'a pas seulement une explication mathématique. Il y a une
mystérieuse corrélation entre l'accueil de la vie et l'octroi des autres
bénédictions de Dieu.
Dieu est
fidèle à ses promesses.
Dieu est fidèle à son alliance.
Dieu n'est pas avare de ses
bénédictions, mais à qui les refuse, il ne les donne pas.
Ici même, il y a dix ans, Jean-Paul II a invité les
chrétiens à un sursaut de conscience. Il a appelé les familles, réunies autour
de lui, à témoigner de l'amour et de la vie et du lien irremplaçable entre ces
deux réalités à la fois divines et humaines. Il a opposé la culture de la vie à
la culture de mort.
Ce n'est pas une figure de rhétorique. Ce n'est pas une
lutte d'influence, ce n'est pas un combat d'arrière-garde. C'est le combat
titanesque que chante la liturgie pascale :
« Mors et via duello
Conflixere mirando
Dux vitae mortuus
Regnat Vivus »
« La mort et la vie se sont affrontées dans un duel
surhumain. Le Roi de la Vie mort, Règne vivant.»
Notre Dieu est le Dieu de Résurrection, et c'est à une
résurrection qu'Il nous appelle. Comment faut-il s'y prendre ? Dans l'Evangile
d'aujourd'hui, Jésus pose un acte prophétique pour répondre à cette question :
« Prenant un enfant, il le plaça au milieu d'eux, l'embrassa et leur dit : «
Celui qui accueille un enfant comme celui-ci, c'est moi qu'il accueille. Et
celui qui m'accueille ne m'accueille pas, moi, mais celui qui m'a envoyé
». Raymond
CENTENE Evêque de Vannes
vous pouvez retrouver ses autres textes sur le site du
diocèse de Vannes
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